Former à l’IA ou apprendre à apprendre : quel investissement pour les compétences de demain ?

Former à l’IA ou apprendre à apprendre : quel investissement pour les compétences de demain ?

Deux propositions arrivent sur le bureau d’une responsable formation. La première promet une prise en main des outils d’IA utilisés par les équipes. La seconde porte sur « apprendre à apprendre ». Les deux semblent pertinentes, mais le budget et le temps des collaborateurs sont limités. Que faut-il financer ?

La réponse dépend de ce qui manque pour accomplir le travail attendu. Une équipe peut avoir besoin de découvrir un outil, de renforcer son expertise métier ou de mieux organiser l’acquisition de connaissances nouvelles. Ces besoins peuvent se combiner dans un même parcours.

Le bon arbitrage consiste à choisir les capacités à construire, puis à financer les moyens de les exercer. Il n’existe pas de répartition universelle entre formation à l’IA et méthodes d’apprentissage. Acheter une journée de prise en main ou un programme plus général n’a de sens qu’en précisant ce que les personnes devront pouvoir faire ensuite.

Que recouvrent les deux investissements ?

Former à l’IA peut désigner des objectifs très différents : comprendre le fonctionnement et les limites d’un modèle, utiliser un outil autorisé, préparer une demande, examiner une sortie ou intégrer une assistance dans une activité métier. Un intitulé général ne permet pas de connaître la profondeur du programme.

Apprendre à apprendre désigne ici la capacité à préciser un besoin de connaissance, choisir des ressources et une stratégie de travail, vérifier sa compréhension et ajuster sa démarche. Au travail, cette capacité doit s’exercer sur un contenu concret. Savoir organiser son apprentissage ne remplace pas les connaissances nécessaires pour comprendre un contrat, une intervention technique ou une donnée commerciale.

Il faut également compter un troisième élément : l’expertise métier. Une personne peut devenir très habile à interroger un assistant sans posséder les critères qui lui permettent de juger la réponse. Un programme consacré uniquement à l’outil risque de laisser cette difficulté intacte.

Enfin, la pratique au poste demande des moyens propres : situations d’essai, accès aux ressources, retour d’un collègue compétent et disponibilité du manager. Ces conditions font partie de l’investissement, même lorsqu’elles n’apparaissent pas dans le devis pédagogique.

Ce que les sources éclairent, et ce qu’elles ne tranchent pas

Dans Skills in the AI Age, publié le 8 juillet 2026, l’OCDE distingue des compétences fondamentales, numériques et complémentaires. Les connaissances de base permettent de participer à l’activité ; les compétences numériques soutiennent l’usage des technologies ; des capacités comme la pensée critique et la collaboration contribuent à l’adaptation et à la poursuite des apprentissages.

Ce document de synthèse et d’orientation invite à considérer une combinaison de compétences. Il ne compare pas expérimentalement des budgets de formation et ne fournit aucun pourcentage optimal à consacrer à chaque domaine.

Le rapport Trends in Adult Learning, publié par l’OCDE le 8 juillet 2025 à partir de l’enquête PIAAC 2023, décrit quant à lui des différences de participation à la formation des adultes et des obstacles liés notamment au temps et au coût. Il souligne le rôle du soutien de l’employeur.

Ces données éclairent l’accès à l’apprentissage. Elles ne prouvent pas qu’un programme particulier sera efficace dans votre entreprise. Leur implication pour le décideur est néanmoins concrète : la disponibilité des salariés et les conditions de participation doivent être examinées avec le contenu acheté.

L’arbitrage reste donc à instruire dans le contexte de l’équipe, avec des objectifs suffisamment précis pour être discutés.

Comparer quatre postes plutôt que deux slogans

Pour préparer cette décision, nous proposons une grille Learning Coach en quatre postes. Elle sert à lire un besoin et une offre ; ce n’est pas une méthode validée de calcul du rendement d’une formation.

Poste à financerCapacité recherchéeQuestion à poser avant l’achat
La prise en main de l’IAUtiliser les fonctions pertinentes et reconnaître leurs limitesL’équipe disposera-t-elle réellement de cet outil dans les conditions enseignées ?
L’expertise métierComprendre les informations et exercer les critères du domaineQuelles connaissances sont indispensables pour juger le résultat ?
Les méthodes d’apprentissageOrganiser une acquisition nouvelle et vérifier sa compréhensionSur quel contenu professionnel la démarche sera-t-elle exercée ?
La pratique accompagnéeRéutiliser les acquis dans une situation de travailQui donnera un retour et quelles occasions d’essai seront prévues ?

Une même action peut couvrir plusieurs postes. Il ne s’agit pas de commander quatre programmes séparés. Il s’agit de voir ce que l’offre comprend et ce qui restera à la charge de l’entreprise.

Un atelier peut, par exemple, enseigner une fonction de l’assistant, faire travailler un critère métier, demander une explication personnelle et préparer un essai ultérieur. À l’inverse, un programme très long peut rester centré sur une succession de démonstrations. La durée ne décrit pas à elle seule la nature de l’apprentissage.

Un exemple fictif : préparer les acheteurs à une nouvelle catégorie de produits

Imaginons un service achats qui doit prochainement comparer des offres dans une catégorie de produits peu familière. L’équipe dispose déjà d’un outil d’IA autorisé. La direction hésite entre une formation avancée à cet outil et un programme général sur les compétences du futur.

Le besoin immédiat est plus précis : comprendre les spécifications, repérer les différences significatives entre offres et savoir quand consulter un expert. L’assistant pourrait aider à structurer les documents, mais il ne dispense pas de construire les critères de comparaison.

L’investissement pourrait donc associer une mise à niveau métier, un exercice sur l’outil réellement disponible et un travail sur la recherche d’informations fiables. Les acheteurs prépareraient ensuite une comparaison, recevraient un retour et expliciteraient ce qu’ils doivent encore apprendre.

Dans un autre service, l’arbitrage serait différent. Si les collaborateurs maîtrisent déjà le domaine mais découvrent un assistant intégré à leur environnement, une prise en main ciblée pourrait constituer la priorité. Si l’accès à l’outil n’est pas encore décidé, une formation avancée à ses fonctions risque d’être difficile à utiliser.

Ce scénario ne décrit aucun client Learning Coach. Il montre pourquoi l’intitulé « IA » ou « apprendre à apprendre » ne suffit pas à choisir.

Demander des preuves adaptées au besoin

Avant de comparer les devis, la responsable formation peut demander un exemple de tâche que les participants devront réussir. « Comprendre l’IA » ou « devenir adaptable » reste trop large pour instruire un achat.

Une formulation plus exploitable serait : préparer une comparaison d’offres en distinguant les données documentées, les hypothèses et les informations manquantes. Le prestataire peut alors expliquer les connaissances travaillées, les exercices prévus et les retours fournis.

Il faut également examiner ce qui se passera après la séance. Les participants auront-ils une activité où réutiliser les acquis ? Les documents seront-ils accessibles ? Un interlocuteur pourra-t-il répondre aux difficultés ? L’entreprise devra-t-elle produire des cas ou mobiliser des experts ?

Notre article sur le transfert des apprentissages au poste de travail rappelle que la satisfaction et la compréhension pendant une session ne suffisent pas à décrire l’application ultérieure. L’achat peut donc inclure une modalité de suivi, sans faire passer cette modalité pour une garantie de résultat.

Une évaluation doit rester proportionnée à l’objectif. Pour une découverte, reconnaître quelques usages et limites peut être pertinent. Pour une activité professionnelle complexe, une attestation de présence ne constitue pas la même preuve qu’un travail examiné selon des critères explicites.

Regarder le coût complet de la capacité à construire

Le prix facturé n’est qu’une partie du coût. Il faut aussi prévoir le temps des participants, la préparation des cas, les accès techniques, l’accompagnement interne et la mise à jour éventuelle des supports.

Cette lecture change parfois la comparaison entre deux offres. Un programme moins cher peut demander beaucoup de préparation au service formation. Une offre plus accompagnée peut couvrir une partie de ce travail, à condition que son périmètre soit clair. Il faut comparer des contenus et des responsabilités comparables.

Le coût du temps mérite une attention particulière. Prévoir une pratique sans libérer de créneau revient à laisser l’apprentissage entrer en concurrence avec toutes les urgences du poste. L’entreprise doit décider ce qui sera reporté ou réorganisé pour rendre cette pratique possible.

Il faut aussi distinguer ce qui reste utilisable et ce qui devra être actualisé. Une procédure propre à une interface peut changer. Un critère métier peut rester pertinent plus longtemps, tout en demandant lui aussi une révision. Une méthode d’apprentissage conserve un intérêt possible si les personnes savent l’adapter à de nouveaux contenus.

Aucune de ces durées ne doit être présumée illimitée. Une question utile au prestataire est : quels éléments devront être revus lorsque l’outil ou le travail changera, et qui s’en chargera ?

Éviter une répartition identique pour tous

Les salariés ne partent pas du même point. Une personne peut avoir une solide expérience métier et des difficultés avec l’environnement numérique. Une autre peut utiliser facilement l’assistant tout en découvrant le domaine. Leur besoin ne se résume pas au même nombre d’heures de formation.

Cela ne signifie pas qu’il faut concevoir un parcours entièrement individuel pour chacun. Un socle commun peut être complété par des exercices ou des accompagnements ciblés. L’important est d’identifier les prérequis qui conditionnent réellement la participation.

La modalité doit aussi être accessible dans le travail quotidien. Un parcours autonome en ligne peut convenir à certains participants et laisser d’autres sans occasion de poser une question. Une session collective peut donner des repères partagés, mais nécessiter ensuite une pratique plus ciblée.

Notre article sur l’engagement des adultes qui n’ont pas choisi leur formation invite à clarifier ce que chacun peut attendre du dispositif. Dans un investissement de compétences, cette clarification aide à relier la demande de l’organisation au problème professionnel des participants.

Prévoir une décision de suite

Un budget peut être engagé par étapes lorsque le besoin comporte encore des incertitudes. Un premier périmètre permet de vérifier les prérequis, la pertinence des exercices et les obstacles d’application avant d’étendre le dispositif.

Il faut alors annoncer ce qui permettra de décider. Les participants parviennent-ils à réaliser l’activité visée ? Quelles aides restent nécessaires ? Les ressources prévues sont-elles disponibles ? Le programme convient-il à d’autres métiers ou doit-il être adapté ?

Cette revue ne se limite pas à chercher un taux de satisfaction élevé. Elle permet aussi de constater qu’une difficulté dépend d’une décision d’organisation ou d’un besoin métier plus important que prévu. L’arbitrage suivant peut consister à approfondir une compétence, modifier le parcours ou suspendre une extension.

L’idée Learning Coach est de traiter la formation comme la construction d’une capacité située, avec des occasions de réemploi. La valeur attendue doit pouvoir être expliquée même lorsqu’un effet financier direct reste difficile à attribuer.

Un débat utile pour les dirigeants et les responsables formation

Avant le prochain séminaire sur l’IA, il peut être fécond de réunir RH, métiers et direction autour d’une question commune : quelles capacités devons-nous pouvoir mobiliser, et quels moyens sommes-nous prêts à leur consacrer ?

Une conférence peut aider à distinguer les promesses, les types de compétences et les niveaux de preuve. Un atelier complémentaire peut examiner des besoins et préparer des critères de choix pour les futurs programmes. Une rencontre n’établit pas le rendement d’un investissement ; elle peut rendre les arbitrages plus explicites.

Vous souhaitez préparer cette discussion avec vos équipes ? Découvrez les conférences Learning Coach et demandez une proposition adaptée à votre événement.

Le choix décisif ne tient pas seulement au thème financé. Il tient à la capacité que l’entreprise veut rendre possible, et aux conditions qu’elle s’engage à fournir pour la construire.

Ressources

Faysal Hafidi, fondateur et CEO de Learning Coach
À propos de l'auteur

Faysal Hafidi

Fondateur & CEO de Learning Coach

Coach et formateur depuis 2005

Fondateur de Learning Coach, j'œuvre depuis 2005 pour rendre l'apprentissage plus efficace grâce au coaching, aux neurosciences et à l'innovation pédagogique. Vous avez une question ou une idée à explorer ? Échangeons ensemble !

Previous
Previous

Shadow AI : que faire lorsque les salariés utilisent l’IA sans cadre officiel ?

Next
Next

Transformation IA : faut-il revoir les processus avant de former les collaborateurs ?