À Dakar, Fatou sait raconter avec précision l'histoire qu'elle vient d'entendre. Elle nomme les personnages, reconstitue les événements et explique pourquoi l'un d'eux a changé d'avis. Mais dès qu'on lui présente un texte en français, sa lecture devient hésitante et ses réponses se raccourcissent. Faut-il conclure qu'elle comprend mal ? Pas si vite. Ce que Fatou sait construire oralement dans une langue familière ne se transforme pas automatiquement en lecture autonome dans une langue scolaire encore en cours d'acquisition.
Cette situation touche un enjeu essentiel de l'école sénégalaise : comment apprendre à lire avec les langues que les enfants comprennent, tout en développant leur maîtrise du français ? Opposer les deux serait une erreur. Les réunir sans méthode le serait aussi. Un enfant a besoin d'accéder au sens, d'apprendre les correspondances entre lettres et sons propres à chaque langue, puis de découvrir les ressemblances et les différences qui permettent des transferts réfléchis.
Au Sénégal, cette question s'inscrit dans une réforme réelle. Le ministère de l'Éducation nationale accompagne le Modèle harmonisé d'enseignement bilingue au Sénégal (MOHEBS), conçu pour intégrer des langues nationales aux côtés du français. Sa mise en œuvre suppose cependant des choix linguistiques locaux, des manuels adaptés et une formation solide des enseignants. Elle ne se résume pas à autoriser quelques traductions en classe.
Pourquoi la langue de départ change l'expérience de la lecture
L'apprentissage initial de la lecture mobilise plusieurs tâches simultanées. L'enfant doit reconnaître des signes écrits, les relier aux unités sonores de la langue, assembler ces unités, identifier des mots, suivre la syntaxe et construire le sens d'un texte. Quand la langue écrite lui est peu familière, il peut devoir découvrir le vocabulaire et les structures grammaticales au moment même où il apprend le décodage.
Imaginons Mamadou, qui sait expliquer un jeu à ses camarades dans sa langue habituelle. On lui demande ensuite de lire une consigne courte en français. Il hésite. L'enseignant peut croire qu'il n'a pas compris la tâche, alors qu'il comprend l'action attendue mais ne reconnaît pas encore les mots français. Évaluer uniquement la réponse finale risque de confondre compréhension, maîtrise du français et compétence de lecture.
C'est l'un des fondements de l'éducation bi-plurilingue défendue par l'UNESCO : s'appuyer sur des langues connues peut faciliter l'accès aux apprentissages, à condition de construire progressivement les autres langues scolaires. Ce principe n'implique pas que tous les enfants possèdent une même « langue maternelle » parfaitement délimitée. À Dakar, Saint-Louis, Ziguinchor ou Tambacounda, les parcours linguistiques peuvent être très différents, y compris dans une seule classe.
Ni tout-français immédiat, ni traduction permanente
Une pédagogie pertinente évite deux impasses. La première consiste à imposer des supports exclusivement français à des enfants qui n'en comprennent pas encore assez l'oral : certains réussissent à répéter des mots sans accéder au sens. La seconde consiste à traduire constamment tout énoncé sans enseigner les correspondances propres au français : l'élève dépend alors de l'adulte pour comprendre.
Une approche bilingue planifiée poursuit deux objectifs complémentaires : sécuriser les premières acquisitions dans une langue comprise et enseigner progressivement le français comme langue de communication, puis de lecture et d'apprentissage. Les étapes précises et les langues mobilisées doivent suivre le curriculum et les consignes de l'école, pas une recette uniforme proposée dans un article.
Ce que prévoit le Sénégal avec le MOHEBS
Le ministère sénégalais de l'Éducation nationale décrit le MOHEBS comme une réforme qui donne une place aux langues nationales aux côtés du français. En septembre 2025, il soulignait les défis de la formation des enseignants, des manuels, du suivi et du pilotage. En août 2026, la RTS rapportait la validation d'une stratégie nationale de plaidoyer.
Le pays ne dispose pas d'une situation linguistique uniforme. Certaines classes réunissent surtout des enfants parlant wolof ; ailleurs, on rencontre des locuteurs du pulaar, du seereer, du jóola, du mandinka, du soninké ou plusieurs langues au sein d'un même groupe. Une langue nationale utilisée en classe peut être familière à une partie des élèves, sans être la langue première de tous.
C'est pourquoi le Projet d'amélioration des performances du système éducatif a documenté une opération de cartographie linguistique de 1 013 écoles élémentaires publiques dans l'académie de Thiès, destinée à éclairer les choix de langues d'enseignement. Avant de choisir la langue de lecture, il faut connaître les langues effectivement comprises par les élèves. Ce diagnostic est pédagogique autant qu'organisationnel.
Le document de cadrage ELAN publié en 2026 par l'IFEF situe le MOHEBS dans un ensemble d'expériences et de décisions évolutives. Il rappelle que la progression entre première langue d'enseignement et français est un objet de politique éducative et de didactique, pas une simple alternance improvisée au tableau.
Première étape : partir d'une histoire que l'enfant comprend
Le meilleur point de départ n'est pas nécessairement une liste de mots français à répéter. Pour de jeunes lecteurs, on peut commencer par un récit oral court, familier et signifiant, dans la langue d'enseignement prévue ou dans une langue d'appui comprise par l'enfant.
L'enseignante raconte, par exemple, l'histoire de deux amis qui doivent décider comment partager des graines pour un jardin de classe. Avant d'afficher des phrases, elle demande : « Quel est leur problème ? », « Quelles solutions ont-ils proposées ? », « Pourquoi ont-ils finalement choisi celle-ci ? » Les enfants répondent, discutent et justifient. L'adulte observe leur compréhension sans leur demander immédiatement de produire un français qu'ils ne maîtrisent pas encore.
Ensuite seulement, on peut construire la trace écrite dans la langue étudiée. L'enseignant attire l'attention sur un mot connu à l'oral, ses unités sonores et ses lettres. Il montre comment on reconnaît ce mot, puis comment on retrouve le même assemblage dans d'autres mots. Les exemples orthographiques doivent être établis dans la langue concernée et vérifiés avec les ressources linguistiques officielles : on n'improvise pas des correspondances grapho-phonémiques d'une langue à l'autre.
Cette première phase protège une distinction décisive : comprendre une histoire ne prouve pas que l'on sait la lire ; lire ses mots à voix haute ne prouve pas qu'on la comprend. Les deux dimensions s'enseignent et s'observent.
Deuxième étape : enseigner le code écrit de chaque langue
La familiarité orale n'apprend pas automatiquement à décoder. Les élèves ont besoin d'un enseignement explicite, progressif et récurrent des relations entre lettres et sons, des syllabes, de la reconnaissance des mots et de l'assemblage.
Un déroulement possible comporte cinq gestes : entendre et isoler un son dans une langue connue ; identifier le signe écrit qui lui correspond dans cette orthographe ; assembler et lire des syllabes ou unités pertinentes ; lire des mots puis de courtes phrases ; vérifier que ce qui est lu a un sens. Les supports doivent être gradués, mais aussi suffisamment intéressants pour donner envie de poursuivre.
Il faut éviter un piège courant : reprendre mécaniquement une progression phonologique française pour enseigner le wolof, le pulaar ou le seereer. Les systèmes sonores et les conventions orthographiques diffèrent. Le ministère propose d'ailleurs un parcours de formation dédié à la lecture-écriture en langues nationales, avec des ressources distinctes selon les langues. Le matériel de la langue enseignée doit guider les exercices.
En parallèle, l'enseignant développe l'oral en français : écouter une instruction simple, comprendre un récit bref, nommer les objets de la classe et produire des phrases utiles. Mieux comprendre le français parlé facilite ensuite l'entrée dans ses textes, sans supprimer la nécessité d'en apprendre le code écrit.
Troisième étape : rendre le passage vers le français visible
Le transfert linguistique n'est pas magique. Il résulte d'une activité de comparaison organisée. Certains acquis sont susceptibles d'aider dans plusieurs langues : comprendre qu'un texte transmet du sens, anticiper la suite d'une histoire, repérer un personnage, justifier une réponse ou vérifier une hypothèse de lecture. D'autres éléments, notamment les relations lettres-sons ou les constructions grammaticales, exigent un apprentissage spécifique.
Voici un exemple de passage utile. Après avoir compris et résumé un petit récit dans la langue d'enseignement familière, les élèves découvrent une version courte en français, adaptée à leur niveau. Ils recherchent ensemble ce qui reste invariant : qui agit, ce qui se passe, la chronologie. L'enseignant attire ensuite l'attention sur quelques formulations françaises nouvelles. Il ne demande pas d'abord une traduction parfaite ; il cherche une compréhension véritable.
Quatre questions pour guider le transfert
Qu'avons-nous compris dans la première langue, avant de voir le français ?
Quelle idée retrouve-t-on dans les deux versions du récit ?
Quels mots ou quelles structures du français demandent un enseignement nouveau ?
L'élève peut-il ensuite comprendre une phrase française similaire sans aide immédiate ?
Le Guide d'orientation ELAN propose un cadre didactique pour l'enseignement de la lecture-écriture en langues africaines et en français. L'IFEF publie aussi un guide consacré aux pratiques de transfert linguistique. Ces ressources sont plus sûres qu'une traduction improvisée de toutes les leçons françaises.
Une séance bilingue de 35 minutes, à adapter au niveau
La proposition suivante est une illustration de démarche, non un emploi du temps officiel MOHEBS. Elle convient à une petite séquence de compréhension et de lecture accompagnée, à ajuster selon les niveaux et le programme.
| Temps | Activité | Ce que l'enseignant observe |
|---|---|---|
| 5 min | Rappel oral d'une histoire dans une langue comprise | Qui identifie les personnages et les événements ? |
| 8 min | Travail sur les mots et le code écrit de la langue enseignée | Qui associe correctement les signes aux sons étudiés ? |
| 7 min | Lecture guidée de phrases courtes et vérification du sens | Qui lit, et qui peut expliquer ce qui est lu ? |
| 8 min | Pont explicite vers quelques mots ou phrases en français | Qui reconnaît le sens sans traduction mot à mot ? |
| 7 min | Reformulation, pratique en binômes et courte trace | Qui devient plus autonome sur une tâche comparable ? |
Cette séquence ne suppose pas une traduction continue. Elle sépare intentionnellement l'oral, le décodage, la compréhension et le transfert. L'enseignant peut remplacer la version écrite française par une activité orale si les élèves n'ont pas encore les prérequis nécessaires.
Un exemple de dialogue pédagogique
L'enseignante demande à Aminata de raconter l'histoire avec ses propres mots. Puis elle indique une phrase écrite dans la langue étudiée : « Montre-moi où tu reconnais le personnage. » Aminata montre un mot mais hésite à le lire. L'adulte ne donne pas immédiatement toute la réponse. Elle fait retrouver le son initial, puis la correspondance travaillée. Une fois la phrase comprise, elle introduit une courte expression française déjà connue à l'oral.
Le geste de coaching tient dans la dernière question : « Qu'as-tu fait pour retrouver le mot ? » Quand Aminata sait répondre — « J'ai regardé le début, j'ai assemblé, puis j'ai vérifié si cela avait du sens » — elle commence à identifier une stratégie de lecture réutilisable. C'est plus précieux que la seule réussite ponctuelle de l'exercice.
Que faire dans une classe où les enfants n'ont pas tous la même langue familière ?
C'est probablement l'objection la plus importante. Une classe sénégalaise peut réunir des profils linguistiques multiples. Le choix de la langue d'enseignement relève du cadre officiel et de la réalité de l'école ; le choix des appuis dépend aussi des élèves présents.
En pratique, l'enseignant peut recueillir un mini-portrait linguistique : langues parlées ou comprises à la maison, langue d'échange dans la cour, exposition au français, expériences de lecture dans chaque langue. Il évite de déduire ces informations du nom de famille, de la région ou de l'apparence de l'enfant.
Quand un élève ne comprend pas bien la langue nationale retenue par le dispositif, les réponses peuvent inclure davantage de supports visuels, de démonstrations, de reformulations, de pairs aidants formés à ne pas faire à sa place, et un suivi rapproché de la compréhension. L'objectif n'est jamais de transformer un élève en traducteur permanent de la classe.
Trois règles protègent l'équité : vérifier la compréhension individuellement, autoriser différentes voies de reformulation pendant l'apprentissage et maintenir des attentes explicites sur les compétences progressivement attendues en français. Accueillir plusieurs langues ne signifie pas renoncer à enseigner rigoureusement chacune d'elles.
Comment savoir si l'enfant progresse réellement ?
La vitesse de lecture seule raconte une histoire incomplète. Un enfant peut prononcer rapidement des mots sans comprendre ; un autre peut comprendre le récit oral mais manquer encore d'automatisation pour le lire. Le suivi doit donc distinguer plusieurs éléments.
| Dimension | Observation simple | Décision pédagogique |
|---|---|---|
| Compréhension orale | Raconte les faits essentiels après écoute | Travailler vocabulaire et récit oral si nécessaire |
| Connaissance du code | Reconnaît les relations lettres-sons enseignées | Reprendre explicitement la correspondance fragile |
| Décodage | Lit des mots nouveaux avec exactitude | Guider l'assemblage puis réduire l'aide |
| Compréhension écrite | Explique une phrase lue et la relie au récit | Travailler sens, syntaxe et inférences |
| Transfert vers le français | Comprend une consigne ou un texte français déjà préparé | Enrichir l'oral et étayer les structures nouvelles |
| Autonomie | Choisit une stratégie avant de demander la réponse | Faire verbaliser puis consolider cette stratégie |
Ces observations sont formatives, non des diagnostics médicaux ni des normes nationales. Les comparaisons chiffrées ne sont valables que si les tâches, les langues, les textes et les conditions sont suffisamment comparables. Les mêmes nombres de mots lus dans deux langues ne mesurent pas nécessairement le même niveau de lecture.
Pour rendre le progrès visible sans pression inutile, un carnet individuel peut conserver chaque semaine trois traces : un mot ou une phrase correctement décodés, une idée comprise et une stratégie utilisée. L'enseignant explique ensuite à l'élève ce qu'il réussit désormais et ce qu'il va essayer ensuite.
Le rôle des parents : raconter, questionner, encourager
Les parents ne devraient pas avoir à devenir enseignants de français pour aider leur enfant à apprendre. Dans de nombreuses familles, raconter dans la langue que l'on maîtrise le mieux est déjà une ressource. On peut inviter l'enfant à raconter sa journée, décrire une image, expliquer la décision d'un personnage ou retrouver l'ordre des événements.
Le soir, un parent et son enfant peuvent consacrer dix minutes à un récit : cinq minutes pour écouter ou lire ensemble avec un support adapté, trois minutes pour faire raconter l'essentiel, deux minutes pour laisser l'enfant montrer un mot ou une phrase qu'il sait désormais lire. Si le parent ne maîtrise pas la langue écrite du manuel, il peut soutenir la compréhension et demander à l'enseignant quelles activités orales sont utiles. Il n'a pas à inventer une orthographe.
Les questions les plus fécondes ne sont pas toujours « Tu as bien lu ? » ou « Combien de mots connais-tu ? ». Essayez : « Comment as-tu compris ? », « Qu'est-ce qui t'a aidé ? », « Quelle partie reste difficile ? », « Quelle stratégie vas-tu reprendre demain ? »
Un livre, une courte histoire audio, une affiche ou un récit familial peuvent amorcer cet échange. L'important est de maintenir le plaisir de comprendre, sans transformer chaque instant familial en test scolaire.
Les cinq erreurs qui fragilisent une approche bilingue
Première erreur : assimiler langue nationale et langue effectivement comprise. L'étiquette « bilingue » ne suffit pas : il faut écouter les élèves et tenir compte des profils minoritaires.
Deuxième erreur : croire que parler une langue suffit à savoir y lire. La lecture s'enseigne, dans chaque orthographe, avec une progression appropriée.
Troisième erreur : traduire sans construire de nouveaux acquis en français. Si l'adulte répète tout dans une autre langue mais n'explicite jamais le français, l'enfant risque de ne pas devenir autonome sur le support français.
Quatrième erreur : ne mesurer que la lecture orale rapide. Le sens, les erreurs de décodage, les procédures et la compréhension orale comptent aussi.
Cinquième erreur : charger les familles de compenser les manques structurels. Les manuels, la formation des enseignants et l'organisation du dispositif sont des responsabilités éducatives collectives. Les parents peuvent soutenir les apprentissages ; ils ne remplacent pas la politique scolaire.
Un plan d'accompagnement sur quatre semaines
Semaine 1 — Observer. Recueillir les langues comprises, faire raconter un texte oral adapté, repérer les compétences de code déjà enseignées et choisir un objectif de lecture réaliste pour chaque petit groupe.
Semaine 2 — Consolider. Faire travailler explicitement les relations entre sons et signes dans la langue de lecture choisie, avec de petites tâches répétées et des textes qui ont du sens. Conserver une trace des réussites.
Semaine 3 — Construire le pont. Reprendre des idées et histoires déjà comprises et introduire des formes françaises ciblées. Vérifier séparément l'oral, les mots et la compréhension des phrases.
Semaine 4 — Réduire l'aide. Proposer une courte tâche nouvelle, voir ce que l'élève peut réaliser seul, demander comment il s'y prend, puis décider du prochain objectif. Partager avec la famille une recommandation simple et atteignable.
Cette progression n'est pas une promesse qu'un enfant « saura lire en quatre semaines ». C'est un cycle d'observation et d'ajustement, réutilisable au fil du trimestre. Des difficultés persistantes demandent une analyse pédagogique approfondie, et parfois l'avis de professionnels compétents, sans diagnostic hâtif fondé sur le seul plurilinguisme.
Pourquoi le rôle de l'enseignant évolue vers le coaching d'apprentissage
Une école bilingue ne réussit pas grâce au seul choix de deux langues. Elle dépend de la qualité des gestes professionnels : diagnostiquer ce que l'élève comprend, rendre les stratégies visibles, adapter l'étayage et vérifier qu'il peut progressivement réussir sans assistance.
C'est précisément le déplacement porté par Learning Coach : ne pas limiter l'aide à redire ou traduire une explication, mais comprendre comment l'enfant apprend. Face à une lecture hésitante, l'enseignant coach distingue trois questions : « Comprend-il la langue orale ? », « Maîtrise-t-il les relations écriture-sons étudiées ? », « Peut-il construire le sens de ce qu'il décode ? » Les réponses conduisent à des interventions différentes.
Pour les professionnels qui souhaitent développer cette posture, le parcours de formation pour devenir Learning Coach permet d'explorer les spécialités et les modalités de candidature. Cette approche complète les programmes officiels, les outils MOHEBS et la formation linguistique spécifique ; elle ne s'y substitue pas. Le livre Cessez d'Enseigner, Commencez à Coacher prolonge cette réflexion sur l'observation, la stratégie et l'autonomie.
L'enjeu dépasse donc le débat « français ou langues nationales ». Il consiste à créer une continuité entre la langue dans laquelle l'enfant comprend le monde, la langue dans laquelle il découvre l'écrit, et le français qu'il apprend à maîtriser progressivement. Quand ces étapes sont explicites, la langue devient un appui pour lire, raisonner et apprendre plutôt qu'un obstacle silencieux.
Questions fréquentes
Faut-il attendre de bien lire en langue nationale pour commencer le français ? Non. L'oral français peut être développé très tôt, selon le curriculum, pendant que les premières compétences de lecture sont construites dans la langue d'enseignement prévue. Le calendrier précis de passage à l'écrit en français doit être adapté au dispositif et aux acquis.
Le wolof convient-il à tous les élèves sénégalais ? Non. Il occupe une place importante dans de nombreux contextes, mais le Sénégal est plurilingue. D'autres langues et d'autres profils linguistiques doivent être pris en compte, notamment à l'échelle des écoles et des classes.
Peut-on utiliser deux langues dans une même séance ? Oui, à condition de savoir pourquoi on passe de l'une à l'autre : comprendre une idée, construire un mot, comparer une formulation ou vérifier un transfert. Alterner sans objectif explicite risque d'augmenter la confusion.
Comment distinguer difficulté de lecture et français encore peu maîtrisé ? En comparant des tâches adaptées : compréhension orale dans une langue connue, apprentissage du code écrit, lecture de mots et compréhension de textes. Une seule activité en français ne suffit pas à conclure.
Que faire si le parent ne sait pas lire le français ? Il peut raconter, écouter, questionner et valoriser les progrès dans une langue qu'il maîtrise. L'école reste responsable d'enseigner explicitement le français écrit et de guider les exercices nécessaires.
Ressources et références
Ministère de l'Éducation nationale du Sénégal — Enseignement bilingue : mise en œuvre du MOHEBS — communication institutionnelle, septembre 2025.
PAPSE — Cartographie linguistique des écoles de l'académie de Thiès — information de projet sur l'adaptation linguistique territoriale.
IFEF/OIF — Document de cadrage ELAN — publication de référence, 2026.
IFEF/OIF — Guide d'orientation à l'approche bi-plurilingue ELAN — guide didactique, édition 2024.
Ministère de l'Éducation du Sénégal — Ressources de formation MOHEBS en langues nationales — ressources destinées aux enseignants.
UNESCO, Rapport mondial de suivi sur l'éducation — Politiques d'éducation multilingue — note de synthèse, février 2025.
Note : les séances, dialogues et grilles de cet article sont des propositions pédagogiques à adapter ; ils ne reproduisent pas une prescription officielle du MOHEBS.