L’avenir de l’éducation ne se décide pas dans une seule conférence. Il se construit entre des orientations internationales, des arbitrages budgétaires et des choix quotidiens dans les établissements. Le problème est de relier ces échelles sans confondre une déclaration d’intention avec un changement déjà réalisé.
Le Global Education Meeting, ou GEM, est une rencontre périodique convoquée par l’UNESCO pour examiner les progrès de l’agenda Éducation 2030. Son intérêt pour les responsables éducatifs dépasse l’annonce d’un événement : il permet de comprendre quelles priorités sont mises en discussion, quels acteurs y contribuent et quelles questions doivent ensuite être instruites localement.
Au 27 octobre 2026, il faut distinguer la rencontre tenue à Fortaleza en 2024, ses engagements, les consultations ouvertes depuis 2026 et la prochaine étape annoncée pour 2027. Cette distinction évite de présenter un processus en cours comme une politique mondiale déjà arrêtée.
De Fortaleza aux consultations sur l’après-2030
L’édition 2024 du Global Education Meeting s’est tenue les 31 octobre et 1er novembre à Fortaleza, au Brésil. Elle a donné lieu à la Déclaration de Fortaleza, que l’UNESCO présente comme un document final non contraignant.
Une déclaration de cette nature peut fixer des orientations communes et soutenir la coopération. Elle ne crée pas à elle seule une règle applicable dans chaque école et ne prouve pas que les engagements ont été mis en œuvre.
La page officielle consacrée aux consultations sur l’après-2030 décrit un processus allant de janvier 2026 à décembre 2028. Elle prévoit notamment des travaux prospectifs et une consultation des jeunes et étudiants, puis une phase élargie à partir du Global Education Meeting 2027.
Nous examinons ici ce processus et ses implications pour les responsables francophones. Il ne s’agit ni d’un compte rendu de participation de Learning Coach ni d’une annonce de résultats futurs.
Premier choix : avancer vers 2030 tout en préparant la suite
La préparation de l’après-2030 peut sembler éloignée des difficultés immédiates d’un établissement. Une équipe qui cherche des enseignants, des ressources ou du temps d’accompagnement a besoin de réponses présentes.
Pourtant, le travail prospectif peut être utile s’il aide à examiner la solidité des décisions actuelles. Un investissement numérique restera-t-il accessible ? Une nouvelle évaluation mesure-t-elle les acquis attendus ? Une organisation permet-elle de soutenir les apprenants qui rencontrent le plus d’obstacles ?
Nous proposons de distinguer une priorité de court terme et une question de long terme. Par exemple, améliorer dès maintenant l’accès à une ressource, tout en examinant la dépendance qu’elle pourrait créer envers un fournisseur ou un équipement.
Cette façon de travailler ne demande pas de prédire précisément l’école de demain. Elle consiste à choisir des actions dont on peut expliquer l’utilité actuelle et les conditions de révision.
Deuxième choix : définir l’équité à partir d’obstacles concrets
L’équité et l’inclusion occupent une place importante dans la présentation officielle de la rencontre de Fortaleza. Pour les équipes locales, ces notions deviennent opérantes lorsqu’elles permettent de nommer un obstacle.
Deux apprenants peuvent disposer d’un même accès administratif à une ressource sans pouvoir en tirer le même usage. La langue, les connaissances initiales, le matériel, le temps disponible et les besoins d’accompagnement modifient leur expérience.
Imaginons un établissement qui propose un parcours de révision en ligne. La direction peut vérifier le nombre de comptes activés. Elle peut aussi demander qui parvient à suivre les consignes, quelles difficultés empêchent de terminer une activité et quelles aides permettent de reprendre.
Ces observations n’épuisent pas la question de l’équité. Elles évitent toutefois de la réduire à la distribution identique d’un outil. Elles donnent aux équipes des éléments pour discuter une adaptation et ses effets.
Pour un organisateur de conférence, un cas concret de ce type permet de faire dialoguer les principes et les décisions possibles.
Troisième choix : relier les ambitions à des ressources durables
Dans son compte rendu du rendez-vous Transforming Education Summit +4 de juillet 2026, l’UNESCO met notamment en avant le financement durable, la résilience et la préparation de l’agenda au-delà de 2030. Ce rendez-vous est distinct du GEM, mais participe à la même réflexion internationale sur la transformation éducative.
À l’échelle d’une organisation, la question des ressources peut être formulée simplement : que faudra-t-il financer et maintenir après le lancement ?
Le coût d’une innovation ne se limite pas à l’achat initial. Il peut inclure la préparation, le temps des personnes, l’accompagnement, la maintenance et l’examen des résultats. Une initiative peut être intéressante tout en demandant des moyens que l’établissement ne possède pas encore.
Nous recommandons de rendre ces éléments visibles avant de généraliser un projet. Cela permet de comparer plusieurs réponses à un même besoin. Une solution moins spectaculaire peut parfois mieux s’intégrer au fonctionnement de l’équipe.
Ce sont des arbitrages locaux. Une orientation internationale peut leur donner un cadre de discussion, mais elle ne les tranche pas à la place des responsables.
Quatrième choix : donner une place aux personnes concernées
Le processus de consultation annoncé par l’UNESCO prévoit une contribution des jeunes et étudiants. Cet élément invite à examiner la manière dont les décisions éducatives sont discutées.
Dans un établissement, consulter peut prendre plusieurs formes : recueillir une difficulté, faire examiner une proposition ou revenir sur une expérience après un essai. La valeur de la démarche dépend aussi de ce qui est fait des contributions.
Une consultation dont les suites restent invisibles peut laisser les participants sans prise sur la décision. Une organisation peut préciser les éléments ouverts à discussion, les contraintes déjà fixées et la façon dont les retours seront examinés.
Les désaccords apportent alors des informations. Un élève, un enseignant et un responsable peuvent porter des attentes différentes envers une même activité. Les rendre explicites aide à comprendre le problème et les compromis possibles.
Cette proposition de dialogue n’implique pas que chaque décision soit soumise au vote. Elle vise à mieux éclairer les choix et à expliquer les responsabilités.
La place de l’IA : un sujet à relier aux finalités éducatives
Une réflexion sur l’avenir de l’éducation peut rapidement être dominée par les outils d’IA. Le risque est de transformer une question de finalité en comparaison de fonctionnalités.
Pour notre part, nous proposons de commencer par les capacités que l’on souhaite développer : comprendre, vérifier, raisonner, communiquer et apprendre avec davantage d’autonomie. L’usage éventuel de l’IA vient ensuite.
Un établissement peut examiner une activité assistée en demandant ce que fait l’apprenant, ce qui est pris en charge par le système et ce que l’enseignant peut observer. Cette analyse permet de discuter la pertinence du dispositif dans une situation précise.
Elle peut aussi conduire à choisir une autre approche. La décision reste liée à l’objectif éducatif et aux conditions réelles d’utilisation.
Pour approfondir les stratégies qui soutiennent l’apprentissage, notre dossier sur les méthodes d’apprentissage selon les sciences cognitives offre une lecture complémentaire.
La perspective Learning Coach : traduire une priorité en question de travail
Nous proposons d’utiliser les orientations internationales comme des questions à instruire avec les équipes, puis de distinguer ce qui peut être décidé localement et ce qui demande un autre niveau d’action.
| Priorité mise en discussion | Question locale à examiner | Élément utile pour avancer |
|---|---|---|
| Inclusion | Qui rencontre un obstacle dans le parcours proposé ? | Des situations décrites avec les personnes concernées |
| Qualité | Que les apprenants peuvent-ils expliquer ou mobiliser ? | Des productions et des observations adaptées |
| Financement | Quels moyens seront nécessaires après le lancement ? | Une estimation de la charge et de la maintenance |
| Participation | Comment les contributions éclairent-elles la décision ? | Des suites explicites données aux retours |
| Résilience | Que se passe-t-il si une ressource devient indisponible ? | Une alternative préparée et des responsabilités définies |
Cette grille constitue une proposition éditoriale Learning Coach. Elle n’est pas une méthode officielle de l’UNESCO et ne mesure pas à elle seule l’efficacité d’une politique.
Son intérêt est de rendre une discussion plus précise. Une équipe peut choisir une seule ligne, rassembler les informations manquantes et décider d’une première action proportionnée.
Organiser une rencontre qui relie les échelles
Une conférence sur l’avenir de l’éducation gagne à clarifier trois niveaux. Le premier est celui des orientations et des engagements publics. Le deuxième concerne les conditions institutionnelles : ressources, organisation et responsabilités. Le troisième porte sur les situations d’apprentissage.
Les participants peuvent ensuite examiner un cas qui traverse ces niveaux. Une innovation présentée comme inclusive répond-elle à un obstacle identifié ? L’équipe a-t-elle les moyens de la maintenir ? Que pourront apprendre les bénéficiaires ?
Un temps de travail en petits groupes peut faire émerger des questions différentes selon les contextes. La restitution ne doit pas effacer ces différences au profit d’une conclusion trop générale.
Une suite concrète consiste à choisir une décision, à nommer les informations encore nécessaires et à préciser qui les réunira. L’événement contribue alors à un travail collectif qui peut être repris et discuté.
Une vision mondiale se juge aussi à sa traduction locale
Le Global Education Meeting permet de suivre les priorités que la communauté éducative internationale cherche à construire. L’existence d’un processus de consultation rappelle que cette vision se discute et se précise dans le temps.
Pour un responsable d’établissement, la question utile n’est pas seulement de savoir quel avenir est annoncé. Elle est de déterminer ce qui peut être mieux compris et mieux décidé aujourd’hui, avec les personnes qui enseignent et qui apprennent.
Quel engagement votre organisation pourrait-elle traduire en une question de travail suffisamment précise pour être examinée ensemble ?
Ressources
UNESCO — rencontre de Fortaleza de 2024 et Déclaration de Fortaleza.
UNESCO — compte rendu du Transforming Education Summit +4 de juillet 2026.
Les orientations et consultations ne doivent pas être confondues avec des résultats de mise en œuvre. Les grilles et recommandations locales relèvent de l’analyse Learning Coach.