Manager à l’ère de l’IA : et si le coaching remplaçait une partie du contrôle ?

Manager à l’ère de l’IA : et si le coaching remplaçait une partie du contrôle ?

Le manager reçoit une note préparée avec l’IA. Il corrige une formulation, demande une source, réécrit la conclusion et donne son accord. Le lendemain, une nouvelle note suit le même chemin. L’équipe produit plus vite ; le responsable continue de valider chaque détail.

Dans cette scène fictive, l’IA a changé la fabrication des documents sans modifier la dépendance à la signature du chef. Le manager devient le dernier lecteur de productions plus nombreuses. Peut-il sortir de cette position en adoptant une posture de coach ?

Le coaching peut aider à faire évoluer certaines validations répétitives, lorsque les collaborateurs apprennent à exercer eux-mêmes les critères attendus. Cela suppose de préciser les limites de délégation, les situations qui exigent un contrôle et les décisions qui restent à la charge du responsable. Il n’existe pas de proportion universelle de contrôle à supprimer.

Quel contrôle veut-on faire évoluer ?

Le mot recouvre des pratiques différentes. Vérifier une information déterminante avant son envoi au client protège la qualité du travail. Demander à être copié sur chaque message permet de suivre l’activité, mais peut aussi ralentir les échanges. Refaire systématiquement le travail d’un collaborateur rend le résultat acceptable tout en laissant parfois sa progression dans l’ombre.

Avant d’opposer contrôle et coaching, il faut donc nommer la pratique concernée et son utilité. Quelle erreur cherche-t-on à éviter ? Qui pourrait la détecter ? Quelle preuve permettrait d’accorder davantage d’autonomie ? Le dispositif garde-t-il un sens quand le collaborateur maîtrise la tâche ?

Avec l’IA, ces questions deviennent particulièrement concrètes. Un document soigné peut contenir une affirmation mal fondée. Le nombre de livrables ne dit pas qui en comprend les limites. Un suivi fondé sur la seule quantité de productions peut ainsi manquer l’essentiel du travail attendu.

L’enjeu managérial est de rendre les critères visibles : ce qui doit être exact, ce qui peut rester provisoire, ce qui doit être discuté et ce qui autorise l’envoi.

Coacher signifie aider à construire une réponse maîtrisée

Dans cet article, la posture de coaching désigne une manière d’accompagner le raisonnement au travail : clarifier l’objectif, faire expliciter les choix, examiner une difficulté et préparer un nouvel essai. Elle peut prendre place dans une conversation courte sur une tâche réelle.

Le manager peut demander : « Quelle affirmation de cette note demanderait une vérification avant envoi ? » Puis il écoute la réponse et apporte les éléments manquants. Il ne s’agit pas de multiplier les questions pour faire deviner ce qu’il pense.

Cette posture se distingue aussi d’un accompagnement par un coach extérieur. Le responsable attribue des missions, fixe des priorités et évalue le travail. Son pouvoir hiérarchique reste présent lorsqu’il pose une question ouverte. Il doit pouvoir dire clairement s’il aide la personne à apprendre, s’il vérifie un livrable ou s’il prend une décision.

Coacher demande parfois d’expliquer directement. Un débutant qui ignore une procédure a besoin d’un repère accessible. Lui retourner chaque question peut augmenter sa confusion. L’accompagnement devient utile lorsqu’il alterne explication, essai, retour précis et possibilité de réutiliser ce qui a été compris.

Ce que les recherches autorisent à dire

La méta-analyse de Rebecca Jones, Stephen Woods et Yves Guillaume, publiée en 2016, rassemble 17 études sur le coaching au travail et relève des effets positifs sur plusieurs types de résultats. Une limite est décisive pour notre sujet : elle porte sur des coachs internes ou externes et exclut les situations de coaching entre manager et subordonné, ainsi qu’entre pairs.

Elle soutient donc l’intérêt possible du coaching dans les organisations. Elle ne démontre pas qu’une posture de manager-coach avec l’IA permet de réduire les contrôles sans conséquence. Cette proposition demande une évaluation dans le contexte concerné.

Une étude d’Amy Edmondson publiée en 1999, menée auprès de 51 équipes d’une entreprise industrielle, observe une association entre sécurité psychologique et comportements d’apprentissage. Le travail précède l’IA générative et n’établit pas l’effet causal d’une recette managériale. Il attire néanmoins l’attention sur une condition pertinente : pouvoir reconnaître une difficulté, poser une question ou demander un retour.

Enfin, l’enquête OCDE de 2025 sur le management algorithmique couvre plus de 6 000 entreprises dans six pays, dont la France. Les managers interrogés rapportent des bénéfices perçus, mais aussi des préoccupations concernant la responsabilité, la compréhension des outils et la santé des travailleurs. Il s’agit de perceptions, et le management algorithmique inclut des logiciels qui ne reposent pas nécessairement sur l’IA générative.

Ces sources éclairent des dimensions différentes. Leur rapprochement invite à examiner le cadre, les occasions d’apprendre et la responsabilité ; il ne constitue pas une preuve que le coaching remplacerait automatiquement le contrôle.

Décider du niveau de délégation pour une tâche précise

La confiance dans une personne ne dispense pas de regarder la situation. Un collaborateur peut être autonome sur une synthèse courante et avoir besoin d’aide sur une demande inhabituelle. Inversement, un outil connu peut être utilisé dans un contexte nouveau qui exige une vérification supplémentaire.

Nous proposons une grille de discussion Learning Coach, à adapter au métier. Elle sert à expliciter les décisions, sans prétendre constituer un outil validé de mesure.

Situation de travailAccompagnement possibleVérification à maintenir
La personne découvre la tâcheExpliquer un exemple, faire pratiquer un contrôleRelecture avant usage du résultat
La tâche est familière et l’erreur facile à corrigerFaire expliciter les critères, laisser réaliserRevue convenue d’un échantillon et traitement des écarts
La demande sort du périmètre habituelExaminer les incertitudes et les ressources nécessairesDécision explicite sur la poursuite et la validation
Le résultat engage fortement un client ou l’organisationPréparer la décision et discuter les optionsValidation par le responsable ou l’expert compétent

L’autonomie peut ainsi évoluer sans devenir une promesse générale. L’accord de délégation précise la tâche, les critères attendus, les limites et les motifs qui nécessitent de solliciter un responsable. Il indique aussi quand cet accord sera réexaminé.

Une demande d’aide appropriée peut témoigner d’un bon jugement. Si le manager traite toute sollicitation comme un échec d’autonomie, il risque d’encourager la dissimulation des incertitudes qu’il voulait justement mieux comprendre.

Une conversation qui prépare la prochaine décision

Revenons à la note de notre équipe fictive. Une affirmation paraît solide, mais la source utilisée ne la soutient pas. Le manager pourrait simplement remplacer la phrase. Il peut aussi faire de cet écart une courte situation d’apprentissage, si le délai et l’enjeu le permettent.

Il commence par le travail : « Cette phrase sera utilisée pour choisir une option. Montre-moi ce qui permet de l’affirmer. » Le collaborateur retrouve le document et constate la différence. Le manager peut alors expliquer le type de preuve nécessaire et lui demander de reformuler la conclusion.

La conversation se termine par la prochaine occurrence : « Sur la prochaine note, quelles affirmations vérifieras-tu en priorité ? Dans quels cas souhaites-tu que nous regardions ensemble ? » L’accord porte sur des gestes et des limites observables.

Cette démarche demande un peu de temps aujourd’hui. Son intérêt éventuel se jugera dans les tâches suivantes : le collaborateur repère-t-il un problème semblable ? Peut-il expliquer sa vérification ? Sait-il reconnaître un cas qui dépasse ses moyens ?

Notre article sur le transfert des apprentissages après une formation développe cette différence entre comprendre pendant un échange et agir dans une autre situation. Pour le manager, cela implique de prévoir une occasion de réutiliser le critère, plutôt que de considérer la conversation comme une preuve suffisante de progression.

Le risque d’un coaching de façade

Une question peut dissimuler une consigne. Si le manager demande « Quelle solution choisirais-tu ? » mais refuse toute réponse différente de la sienne, le collaborateur apprend surtout à deviner son attente. L’exercice ressemble à de l’autonomie tout en conservant un contrôle implicite.

Il est plus clair d’annoncer la marge réelle : « La contrainte de délai est fixée ; nous pouvons discuter de la méthode » ou « Je prendrai la décision finale, mais j’ai besoin de ton analyse des risques ». Le désaccord peut alors porter sur un objet connu.

La même clarté concerne les traces de l’échange. Un entretien de progression ne devrait pas être présenté comme un espace de confidentialité absolue si son contenu alimente ensuite une évaluation. Les usages d’un compte rendu et ses destinataires doivent être explicites. Un assistant d’IA ne rend pas anodine la collecte de propos sur les personnes.

La question du pouvoir est détaillée dans notre article sur les formations réunissant managers et collaborateurs. Dans le quotidien managérial aussi, une invitation à s’exprimer gagne à être accompagnée de limites compréhensibles et de comportements cohérents.

Les conditions que l’organisation doit fournir

La posture du manager a des limites matérielles. Demander à une équipe de vérifier davantage sans lui laisser de temps, sans accès aux bonnes sources ou sans expert disponible crée une attente difficile à satisfaire.

Le responsable doit pouvoir faire remonter ces obstacles et arbitrer la charge. Certaines difficultés relèvent d’une compétence à développer ; d’autres viennent d’une procédure contradictoire, d’une donnée inaccessible ou d’une priorité changeante. Une conversation de coaching ne résout pas, à elle seule, un défaut d’organisation.

Les managers ont eux-mêmes besoin d’entraînement. Ils peuvent comparer des situations, observer une conversation, essayer une formulation et recevoir un retour. Il faut aussi leur permettre de reconnaître les cas où ils ne disposent pas de l’expertise nécessaire.

Pour évaluer une évolution, quelques observations choisies sont plus utiles qu’une injonction à « coacher davantage ». On peut regarder la répétition des mêmes erreurs, la qualité des explications, la pertinence des demandes d’aide et le temps consacré aux reprises. Ces éléments doivent rester associés : une baisse des sollicitations n’est pas un progrès si les erreurs importantes deviennent moins visibles.

Un débat à préparer avec les managers

Ce sujet mérite une place dans un séminaire consacré à l’IA et au travail. Il concerne les décisions ordinaires : autoriser un envoi, accepter une incertitude, demander une preuve, consacrer du temps à un apprentissage.

Une keynote peut aider à distinguer les formes de contrôle et à examiner les limites des promesses de management augmenté. Un atelier peut ensuite travailler sur des situations fictives proches des métiers, pour choisir ce qui peut être délégué, ce qui nécessite un entraînement et ce qui exige une validation explicite.

L’objectif d’un tel événement peut être concret : chaque équipe repart avec un accord de délégation à tester sur une activité définie, puis un rendez-vous pour examiner les difficultés. Ce résultat reste une proposition de dispositif, à adapter et à évaluer, sans garantie de performance.

Vous souhaitez ouvrir cette discussion avec vos managers ? Découvrez les conférences Learning Coach et demandez une proposition adaptée à votre événement.

La question peut rester sur la table après la rencontre : lorsqu’un collaborateur repart de votre bureau, dispose-t-il seulement d’un document corrigé, ou également de moyens plus solides pour décider la prochaine fois ?

Ressources

Faysal Hafidi, fondateur et CEO de Learning Coach
À propos de l'auteur

Faysal Hafidi

Fondateur & CEO de Learning Coach

Coach et formateur depuis 2005

Fondateur de Learning Coach, j'œuvre depuis 2005 pour rendre l'apprentissage plus efficace grâce au coaching, aux neurosciences et à l'innovation pédagogique. Vous avez une question ou une idée à explorer ? Échangeons ensemble !

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